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    Prisme du soir

    Avant, j'avais hâte de mes soirées. Elles ne me faisaient pas peur. Quand l'après-midi se finissait, quand le soir arrivait, une multitudes de nouvelles idées de dessins, de livre, d'histoire à raconter envahissaient mon esprit, et je n'avais pas peur de rester seule face à moi-même dans ces heures silencieuses et suspendues. Je pouvais lire, dessiner, inventer, rêvasser, regarder des anime, des films, explorer internet sans jamais sentir cette pression. Maintenant je ne sais plus rien faire de tout ça. Mon trait et mon imagination se sont envolés, mon intérêt des livres les a suivis, quoique récidiviste, les films ont disparus pour devenir des séries ; il n'y a plus de début ni de fin, d'émotion unique à faire durer, mais une multitudes d'images et de personnages infinis dans lesquels mon temps se précipite, sans plus de sens, jusqu'à jamais comme à demain. Je ne sais plus pourquoi je regarde ces choses. Il n'y a plus de morale, de message, plus d'idée ronde à faire passer ; juste d'autres vies, d'autres court, qui filent, filent entre nos doigts. Et l'écriture ? Cette étrangère. Je l'ai si longtemps éteinte, que je ne reconnais plus à travers elle.

    Je suis devenue mécanique, sans tout mes i. Imagination, intérêt, ivresse, illumination.

    Maintenant j'ai peur d'explorer, j'ai peur des gens, peur de leurs idées. Peur qu'ils aient raison, peur que ce soit foutu ; peur que ces combats soient vaincs puisque nous tournons en rond. Pris dans une boucle éternelle. Parce que peu importe les avancées que nous ferons, un jour nous retournerons peut-être même avant la case départ. Un acquis social n'est jamais acquis, c'est un combat perpétuel, que j'ose pourtant ne jamais être une illusion.

    J'ai peur de découvrir, parce que j'ai peur de ne pas aimer, de ne plus aimer. J'ai peur d'être blessée, déçue, j'ai peur de ne pas me retrouver, j'ai peur d'être énervée, pour ensuite trouver la cause de ces échecs en moi-même. Je ne suis plus si confiante.

    Je n'aime pas ce monde, j'en ai honte parfois. Je ne veux plus communiquer avec tous ces gens, qui me rappellent en permanence que si changement il y a, il est trop faible pour le percevoir. Je ne veux plus les voir heureux, tristes, déçus, écouter leur vie et leurs débris à travers ces posts et ces images, je ne veux plus connaître ces inconnus, je ne veux plus rien savoir de leur réalité reconstituée à travers le prisme des réseaux sociaux. Ce prisme de désirabilité sociale.

    Et je me perds dans ce prisme du soir, à travers lequel le monde est si noir, le temps comptés, les impératifs listés, le sommeil une perte, et ma vie de même.


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  • "I prefer remember you as a dream."

    Et dans la confusion d'un matin sans joie, ça me paraît presque logique. Tu n'es rien d'autre qu'un de mes rêves amers, projection de mon pauvre cerveau saturé. Chaque souvenir avec toi semble inventé, et je me détache avec un léger soulagement. Tu es un rêve récurrent que je n'arrive pas à chasser, un de ces rêves auxquels on doit s'habituer, avec l'acceptation soumise de celui qui a déjà trop souffert; un rêve qui ne laisse que ce vieux goût cendreux au réveil; mais qui comme la mer, sans but ni logique, entretien son va et vient incessant.

     

     

    Tu es une ombre sur ma vie.

     


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  • Vivants

    Et c'est là, comme ça, marchant sous le soleil naissant, poursuivis par nos éclats de rires, les cheveux et les habits encore imprimés de l'odeur de feu et de fumée sauvage, avec ces deux hommes avec lesquels j'ai grandi, parlant d'avenir et de futur projets, c'est là que j'ai envie de vivre. Ce "peut-être", le sourire aux lèvres. J'oublie le reste. Ça me prends, avec une telle force que ça me fait peur. Et je pourrais en pleurer mais je décide d'en rire encore en exposant une nouvelle idée excitée, pour cet immense jeu de rôle en Grandeur Nature qui regrouperait tous nos rêves, et les rêves des gens. Car parfois, ce ne sont pas seulement les gens si se rencontrent ; ce sont leurs rêves. Voir que tous nos efforts puissent mener à quelque chose, sous la fierté de notre entourage. 'Puis ça nous fait fantasmer, de pouvoir enfin parler de leurs foutaises librement, leurs foutaises de métro/boulot/dodo, leur foutaise de réalité, de si t'as pas ton bac tu crèves, de si t'es pas réaliste tu meurs. Alors que c'est la réalité qui nous tue. Et ce sont nos rêves qui nous maintiennent en vie, et qui fait que l'on perdure après la mort; car chaque nouvelle découverte qui a ébranlé ce monde à été la conséquence d'un rêve, et chaque grand homme qui a émis une hypothèse sur quelque chose a tout d'abord rêvé.
    Cependant, les rêves sont trompeurs nous diront-ils, nous n'arrivons pas tous à en avoir et il est bien connus qu'il ne faut jamais trop espérer ; et moi, toute nihiliste que je suis, je leur répondrai « oui ». Je leur répondrais oui, mais je leur répondrais que l'on ne parle pas des mêmes sortes de rêves.
    Car nos rêves à nous sont possibles. Nos rêves à nous ne sont pas trop grand pour nous, ou bien souvent nous nous arrangeons pour nous mettre à leur hauteur ; nos rêves à nous sont à partager, nos rêves à nous sont tangibles. Nos rêves, ce sont encore juste des possibilités. Nos rêves, ce sont des envies, des plausibles qui sortent du quotidien et qui te font des papillons dans le ventre. Parce que, contrairement à ce que vous voulez nous faire croire, le bonheur, c'est pas vos foutus princesses et vos foutus princes charmants qui nous l'apporterons, le but d'une vie n'est malheureusement pas de trouver la personne à son pied, n'en déplaise à Disney ou aux paroles mal interprétées d'un pauvre crucifié. Les vrais papillons dans le ventre, tu les trouveras pas dans le regard perdu ou malhonnête d'un jeune garçon ou d'une pauvre fille poussés par ses hormones débordantes d'envies incontrôlées. Parce que chacun à ses propres rêves, tu vois ? Et tu te dois d'être libre. Au dessus de tout ça. Car tu n'es pas fait pour une seule personne, mais pour le monde entier. Parce que tu n'appartiens qu'à toi. Parce que tu appartiens à un tout. Parce que tu es immense, et qu'il devient malsain de persister à nous apprendre le contraire. Tout le monde se vaut.
    Et le vrai bonheur, il se trouve dans ces soirées partagées au coin du feu en mangeant nos conserves, nos cavales dans les vallées et les collines de la Drôme, emportés par le poids de nos gros sacs à dos bringuebalant, allant de cabanes en cabanes, de campements en campements, dans les odeurs épicées et enivrantes qu'il nous reste sur le visage et dans les cheveux, dans les couchés à l'intérieur de nos maigres duvets à la lueur de la nuit quand les dernières paroles résonnent encore à nos oreilles, le ciel étoilé pour tout horizon ; dans les levés terribles, ces matins glacials, pourtant vite récompensés par une boisson chaude, un soleil levant et de la route encore à parcourir: Dans les pluies torrentielles qui te réveille au milieu de la nuit et te pousse a tout ranger pour t'abriter en vitesse éclair, épuisé, le cœur battant, riant de tous ces trucs qui t'arrivent et qui peuvent encore t'arriver. En dessinant et écrivant le récit de nos aventures en version épique, les biscuits secs se transforment en Lembas Elfique, les arbres en Ents et la moindre crevasse en piège de gobelin. Dans les chutes au milieu des ronces et des cailloux, dans toutes ces égratignures et tous ces bleus sur ta peau, qui te prouvent que tu vis. Et tu vis.
    Au milieu d'une immense plaine, au milieu de nulle part, quelque part dans le monde, tu es là. Peu importe ce qu'il peut se passer demain. Tu ferme les yeux, tu écarte tes bras, un sourire dessiné sur tes lèvres, te laissant caresser par la douce chaleur du soleil et la brise du vent, tu respire un grand coup, et tu vis.


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  • New Year Day

    La musique en fond paraissait silence. Quelle musique ? C'est les cris des autres sur le canapé qui jouent à Mario je sais plus quoi. J'ai envie de jouer, moi aussi. Je vais me lever et aller les rejoindre. J'observe Sarah devant, dans les bras de Magali. Elle a l'espoir. Mag, elle, elle a la haine. Elle ne savent pas encore qu'elles n'ont pas finit de se détruire. Encore une erreur. Encore une errance. C'est le nouvel an. Enfin, je crois. On est le premier Janvier 2014, pas loin de 4h du matin. Hugues est là, allongé sur le côté, il paraît triste, sa bouche forme une moue, il parle à sa copine par message. Sa copine ; ou la raison pour laquelle Lou est en train de s'éclater la gueule à quelques kilomètres de là et tombe en chute libre depuis un mois. Maureen finit de lire le livre sur le Hamster dépressif que Mag nous as prêté tout à l'heure. Il est drôle, ce livre. Vraiment bien. Maureen, qu'à ces larmes aux bords des paupières depuis que sa mère nous as quittés l'année dernière. Maureen, qu'à cette force et puis cet infini dans les yeux. Elle doit se dire « ça fait un an déjà maintenant ». Maureen, si belle, si innocente avant, si inatteignable qu'elle a déjà touché le fond depuis longtemps. Elle fait comme si. On fait tous comme si. Le bruit est fort, mes yeux errent dans la salle, j'ai un pâle sourire idiot aux lèvres. Je ne suis pas heureuse: C'est le sourire du cocktail champagne/bière/joint. Pourquoi ne suis-je pas heureuse ? Je ne sais pas. C'est ça, le truc. C'est qu'au fond, on en sait rien.
    Maud est là, assise sur cette chaise, le regard dans le vide aussi. Elle est sobre, je crois. Elle doit être en train de se demander ce qu'elle fera demain, quand elle sera rentrée chez elle. Ce qu'elle fera de sa vie. Maud, qui a tout bien fait comme il faut, et qui se retrouve pourtant sans boulot, perdue dans le tourbillon des jeunes adultes. « Mais ça n'existe plus, ethnologue » qu'ils lui on dit à la fac, y a deux mois. Elle était restée assez longtemps pour perdre ses amis d'avant, et pas assez pour s'en faire de vrais nouveaux. Elle était seule. Maud, qui avait décroché son bac L mention bien, Maud, qui avait tout bien fait comme il fallait sans jamais décrocher. Tout bien fait comme il faut. Magali parle, elle rigole un peu. Avec ce sourire, qui pue l'échec. J'aime pas quand elle a ce sourire. Elle l'a tout le temps, quand elle est défoncée. J'aime pas quand elle est déf. Tout flotte, je ris avec elle. D'un coup, je pousse mon pieds contre sa cuisse, ça rebondis. Dans ma tête, ça fait des vagues immenses qui se propagent, et je le dit. J'ai un rire faux et gêné ; je déteste quand je ris comme ça. Je viens de faire une bourde, je le sais, je le sais quand je croise ses yeux et son rire trop léger pour m'accompagner. J'ai dit de la merde, putain. Pourquoi j'ai dit ça ? J'essaie de me rattraper en disant un truc en rapport avec Hugues qui me le disait tout le temps, et je m'enfonce encore un peu plus dans ma merde. Je ris naïvement, encore. Hugues me regarde, puis tourne la tête. Il a pas l'habitude d'être déf, ça se voit. C'est depuis cette fille, qu'il a changé. Il fait comme si, lui aussi.

    Je fais peine à voir. Est-ce seulement ces quatre ou cinq lattes tirée sur le joint d'il y a vingt minutes qui me remonte à la tête ? J'aimerais pouvoir me vomir. Vomir tout cette chose dégueulasse qui vit en moi. Moi qui fait toujours tout pour les autres, moi qui fait attention à ce que le moindre petit détails de ma vie soit en accord avec les autres, et moi qui dit de la merde et blesse les gens en foirant tout dès que je me lâche un peu.

    Maureen a finit le livre, elle dit qu'il est bien. Je lui dit t'as vu, elle sourit. Je m'allonge à côté d'elle en disant que je suis morte. Pourquoi mon sourire me paraît ridiculement grand, à côté d'elle ? J'ai pas envie de reconnaître la pitié dans ses yeux. Manon cris plus fort, je crois qu'elle a gagné. Non, elle a perdu. Simon couine comme si sa vie en dépendait, il est drôle. Il est con. Je ne les ais pas rejoins. Je me remet en position assise, bougeant ma tête comme avec un mécanisme préenregistré. Toujours mon faible sourire débile, sur les lèvres. J'ai envie de pleurer. Je ne sais pas encore que Benjamin va me larguer sans un mot le lendemain. Après deux ans. Je ne sais pas encore que mes nombreuses crises d'angoisses vont augmenter, je ne sais pas encore que je n'ai pas finis de ramper au fond de ce gouffre immonde. Je ne sais pas encore que je vais vouloir devenir végétarienne, et réduire mes repas de moitié, par dessus le marché, pour me punir par privation d'être aussi nulle.

    Pour l'instant, ça va, ouais, ça va encore, je ne pense à rien, et chuis quand même contente d'être là avec tout le monde. Je reçois un message. Un instant j'espère que ce soit Benjamin, comme toujours, mais ça faisait deux jours que j'avais plus de nouvelles, comme souvent aussi. On ne s'est pas dit bonne année. C'est pas lui. C'est Jérémy. Un ancien pote de la troisième, avec qui on restait parce qu'il avait de la weed, des fois. Jérémy, le vieux pote qu'on connaît vaguement depuis toujours; qu'est pas très grand, qu'est sympa. Pourquoi il me parle, lui ? Ça fait des mois qu'on se donne plus de nouvelles. D'ailleurs, c'était plus le pote à Sarah. Je leur dit que Jérémy viens de m'envoyer « Je t'aime ». On rigole. Sarah dit qu'il a du faire un message groupé. On rigole encore plus. Je comprends pas, je dit qu'il est con. Je lui demande s'il est défoncé. Il me répond « Moi aussi <3 ». ça nous fait rire encore plus. Je leur demande ce que je répond, j'ai pas d'idée, puis ça m'saoul. Magali dit « point », ça nous fait rire. Ce fameux délire du point ! Ça, c'était vraiment la réponse à tout. Je dit « Poutipoet point » en articulant avec tout mon sérieux. Sarah dit que je suis conne en se mettant à pouffer. Comme on est morts de rire, je trouve que c'est une super bonne idée. Je lui envoie « Poutipoet point ». Il a jamais répondu depuis, je crois. On rigole encore un peu, de ce rire vide des fins de soirées couvert par les bruits de fonds. Quelqu'un propose du poulet. Je crois que c'est Magali qui tiens l'assiette de minis cuisses aux arômes chimiques à réchauffer. Elle s'était levée ? D'un coup, mon ventre semble être un immense puits et la salive emplie ma bouche. Le poulet orange devant moi me semble être la plus belle chose qui soit. J'attrape une cuisse et je la dévore, rongeant jusqu'au plus petit morceaux sans demander mon reste. Ces cuisses sont vraiment minuscules, décidément. Quelle idée d'en faire de la taille d'un pouce. J'en prends encore une. Les genoux pliés, les bras en avant et le dos courbés, je finis ma troisième cuisse. Mon estomac se calme et le monde autour de moi recommence à exister. Je vois Magali, à côté, qui mange, aussi affamée que moi. On se regarde bizarrement, je crois qu'on a une lueur un peu folle dans les yeux. Elle me dit que je ressemble à un animal. Je ris. Je lui dit que j'avais faim. Comme si c'était normal. Une excuse. On va refaire cuire du poulet, y a encore trois sacs surgelés. L'attente paraît interminable. Le vide, les yeux qui trainent égarés dans la lumière trop blanche de la cuisine. Puis on re-dévore tout, comme au début, appuyant sur chaque bouchée engloutie, toute raison concentrée sur nos papilles gustatives. Indécemment.

    Deux êtres vivant mangent d'autres êtres vivants morts, et personne ne dit rien.

    Je regarde Magali, le gras aux joues. La sauce orange paraît être partout. C'est immonde. Elle découpe ces bouts de chair cuites avec ses dents, animale, et elle aime ça. J'aime encore plus, je crois. Je finis ma cuisse et je pose le petit os sur le bout de l'assiette. Je m'essuie la bouche du dos de la main. Je me sens coupable.

    C'est tellement absurde. Des êtres vivant en tuent d'autres tous les jours; ils  les découpent, puis les manges, pour seulement dix minutes de plaisirs gustatifs. Ils les élèves, dans des conditions dignes des pires science-fiction, ils les élèvent pour mourir, ils les élèvent pour subir. C'est inhumain, hein, tout ce qu'on voit dans ces vidéos ? C'est inhumain. Mais c'est bon. Ça doit suffire. Cinq minutes plus tard, quand on m'en proposera encore, j'accepterai avec avidité. Comment en sommes-nous arrivés là ? L'horreur me frappe partout où je pose les yeux sans que j'arrive à réagir. Ça dure. Tout flotte, tout est ridicule. Tout est erreur. Pourtant on continue à rire, de ce rire puant le vide. Ce rire puant nos vies. C'est comme ça qu'on évacue. Comment en est-on arrivés là ?


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  • Enchaînée

    Il voulait un enfant. J'avais vingt-huit ans, et Mathieu et moi étions ensemble depuis un peu plus de cinq ans. Nous nous aimions. Et maintenant, il voulait un enfant. Tout ce qu'il y avait de plus normal.

    Petit à petit, les questions commençaient à s'imposer, s'insinuant lentement. Les remarques se pressaient, laissant après leurs brûlures un goût amer : « Dis donc, c'est pour quand le bébé ? » - « Toujours pas rond ce petit ventre ! » - « Tu feras une mère formidable ! » - « Tu voudrais une fille ou un garçon ? » - « Qu'est-ce que vous attendez ? »...


    Un douloureux vide me prend le ventre. Tout ce qu'il y avait de plus normal, oui. Sauf que je ne voulais pas d'enfant.

    L'idée de vouloir procréer, de vouloir amener quelqu'un en plus sur cette terre, voir tout simplement de laisser une trace de son passage ici-bas m'avait toujours semblé un peu égoïste; et après tout, je ne devais rien à personne.
    Mais maintenant, il voulait un enfant. Mon visage se tordit en grimace. Je songeai à toutes mes amies devenues mères; pressées d’exaucer une idée, un rêve, qui n'était pas le leur: pressées de rentrer dans la norme. Choisir la facilité, pour ne pas se retrouver à trente-cinq ans avec un gosse dont on ne connaît pas le père, par peur de ne jamais en avoir. Est-ce vraiment parce que l'on a toujours fait quelque chose qu'il faut continuer à le faire ? Sommes-nous en voie d’extinction?
    Ce n'était pas que je voulais être différente ou que je cherchais à clamer une quelconque indépendance, c'était juste que je n'aimais pas faire des choses qui n'avaient pas de sens pour moi.

    Il y a des questions que certains ne se posent jamais.


    Maintenant que je me trouvais face à l'évidence, j'avais peur. Peur, peur de ne pas savoir aimer l'enfant, peur de ne pas savoir comment faire; mais surtout peur d'être l'auteure de nouvelles possibilités, de nouveaux choix, de nouvelles vies. Peur de devenir quelqu'un d'autre, aussi. Peur de devenir comme ma mère, peur de refaire tous les mêmes gestes, peur de voir quelqu'un dépendre de moi.

    Je ne voulais pas de quelque chose qui puisse sortir de moi. Sortir de mon être, si étranger encore. Je ne voulais pas avoir à vivre avec quelqu'un d'autre à l'intérieur de moi. Oh, mais pourquoi ne comprenait-il pas que je ne voulais tout simplement pas de cette responsabilité-là dans ce monde ?
    J'avais peur, d'une peur révulsante.

    Mais bon dieu pourquoi étais-je comme ça ? Pourquoi ne pouvais-je pas simplement accepter ? Faire ce qu'il fallait ?
    J'étais née femme, et je me devais d'avoir des enfants, au risque d'être déchue de ce statut.Voilà ce que je comprenais.

    Toute ma vie, j'avais crus être libre et issues d'un pays qui l'était ; et je me rendais compte aujourd'hui que je n'étais qu'un tas d'idées reçues inculquées à ma naissance pour continuer à faire fonctionner la société, qu'un tas de pensées qui n'étaient pas miennes.


    Et Mathieu voulait un enfant. Un enfant de moi. Et malgré tout ce que l'on m'avait appris; je n'en avais pas envie. Voilà, c'était ça. Même pire maintenant qu'on m'y forçait; l'idée seule que quelque chose puisse grandir en moi, au creux de mon ventre, de mes reins, puis en sortir en me déchirant me donnait envie de vomir. Des crampes, des crises d'angoisses. Ça relevait de la pure fiction. Ça n'avait pas sa place ici. N'avais-je pas assez souffert pour subir encore ?
    N'était-ce pas un droit de choisir ce qui était fait pour nous où pas ? Y avait-il des lois plus grandes que celles des hommes, ou bien me manquait-il seulement une paire de testicules pour être en paix ?
    Je voulais être libre, moi. Libre. Voyager, peut-être, mais ne pas avoir à me préoccuper de tout ça. Notre espèce est loin d'être en danger, si ce n'est d'elle-même. Enfanter se doit d'être un choix.


    Dos courbé par un ventre rond. État de faiblesse, de soumission de la femme pendant des millénaires. État de souffrance. De souffrance. État de dépendance.


    Je crois que je vais partir: Oui, je vais fuir cette communauté moisie remplie de règles inutiles. L'occident, le seul avenir possible ? Sûrement pas -Il n'y a pas d'avenir à se regarder s'écraser contre un mur-. En en étant moi-même issue, je n'étais peut-être rien d'autre que le fruit d'une expérience ratée, mais je voulais au moins vivre dans ce qui me semblait être juste pour moi. Et je ne voulais pas donner une vie à quelqu'un, qui ne me convenait pas moi-même.

    J'avais toujours été plus ou moins banale; taille moyenne, cheveux blonds foncés, menue, petits seins, suivant les tendances du moment sans jamais vraiment décaler. Cependant pour une fois, j'allais faire des choses qui surprendraient les gens; des choses qu'ils ne comprendraient pas. Et ces idées germaient lentement en moi, depuis tant de temps. J'avais besoin d'ailleurs.
    Je crois que je vais quitter Mathieu.


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